Errances nocturnes

Voilà 15 jours que je suis à Fukuoka, et si ces derniers jours j’étais un peu à fond dans les devoirs (qui l’eut cru?) pour rattraper le mois d’avance que mes camarades ont sur moi, j’ai quand même trouvé le temps de me détendre. Un peu. Beaucoup?

J’ai fait ma rentrée en même temps qu’une autre française, et comment dire? On s’est bien trouvées pour ce qui est de sortir boire un coup. Alors certes, on améliore assez moyennement notre japonais ensemble, mais on passe du bon temps.

Encore qu’il y a un aspect très particulier du japonais qu’on travaille. Vous voyez, on ne dit pas le « 2 » dans 2 bouteilles et 2 verres pareil. Donc on travaille sur les compteurs. 

On a quand-même un léger problème d’horaires: on finit les cours à 15h, et comme elle habite un peu loin, on cherche des bars ouverts dans l’après-midi, mais ici, on n’a rien trouvé qui ouvre avant 18h. Ce qui nous laisse le temps de errer en essayant de comprendre les menus affichés en extérieur ou en visitant un peu. Non pas qu’on ai forcément envie de boire à 15h, mais histoire de trouver un endroit où se poser.

Me voilà prise en photo en traitre

Mais une fois notre heure (ou 2!) de marche finie, on profite des avantages des spécificités japonaises: les izakayas, ça change la vie. Un izakaya, c’est un bar, en général plutôt petit, mais qui sers aussi des petites assiettes de plein de choses, à notre préférence frit. Souvent, on peut fumer à l’intérieur, et on partage la table avec des gens ou alors on est sur un comptoir autour du bar et de la cuisine. 

Et c’est étonnamment peu cher. Hier, on a commandé 2 pintes, 1 portion de takoyakis, 1 de gyozas, 1 de tempura de gobo (un genre de racine), et 2 bols de nouilles udon avec des tempuras de crevettes, pour un total d’une vingtaine d’euros, à partager en deux donc. 

Bon, ça c’est la fois où on a surtout mangé, mais parfois, on boit surtout, et même là, les prix restent raisonnables. Mais comme on apprend le mode de vie local sur le tas, quand à 23h, on a essayé de changer de crèmerie et de trouver un autre bar, ils étaient tous sur la fermeture. Sauf les boites, mais c’était vraiment pas l’idée. On a bien tenté un pub, mais les serveurs en chemise et costume, c’est pas mon idée d’un pub. Bien trop formel à notre gout.

Après s’être renseignées, 23h, c’est l’heure charnière: soit on rentre chez soi, de toute façon le dernier train ne va pas tarder, soit on sort en boite. Soit, comme on l’a constaté, on peut boire un coup assises dans un parc.

Bon, celle-là d’expérience ce n’était qu’une fois, mais je me suis bien amusée, c’est pas interdit que je le refasse. 

Dans notre épisode d’errance post-izakaya (très différent de l’épisode d’errance dans le but de trouver un izakaya), on passe à côté d’un parc. On y était passées dans l’après-midi, c’était plutôt famille avec petits enfants qui jouent et gens qui promènent leur tout petits chiens dans des sacs à mains. La nuit, c’est un peu différent: des jeunes qui skatent, des musiciens avec leurs guitares et des filles en pâmoison devant, des rencards un peu maladroits. Comme on n’a pas vraiment envie de rentrer, et que c’est toujours drôle de regarder les gens, on profite d’un autre type de magasin typique: le konbini.

Le konbini, en général, je m’y arrête pour acheter des cochonneries à manger parce que la notion de dessert dans mon dortoir se limite à une tranche de pomme. Une. Tranche. Mais on y vend à peu près tout et n’importe quoi. Personnellement, je me prend une canette de saké pas cher, l’équivalent de notre vin pas cher dans les alimentations nocturnes: pas hyper bon. Mais je peux garder dans un coin de ma tête qu’ils vendent aussi des sous-vêtements et des T-shirts. Parce que qui sait si on ne va pas avoir besoin de ça au milieu de la nuit, pas vrai?

Car nous demoiselles devons toujours rester fraîches.

Les japonais pensent à tout, de quoi se changer si on rentre pas chez soi avant la journée de boulot du lendemain, le bain de bouche dans les toilettes, pour fins de soirée difficiles, les distributeurs de serviettes et préservatifs: tout est pré-réfléchi pour vous. Ce qui est apparemment aussi bien, car au bout d’un moment, ils n’ont plus l’air de réfléchir par eux même. Enfin, comme toute personne qui boit trop, évidement.

Retour à cette fameuse soirée: nous voilà en possession d’alcool bas de gamme et entourées de jeunes allant de ivres à déchirés. Tout un spectacle s’offre à nous.

Clairement, le comportement des gars est un peu différent à cette heure là: si dans la journée, je ne parle qu’à des seniors, ici, on parait presque vieilles à côté de ceux qui viennent nous parler.

Mais on peut louer les efforts admirables de ces gars qui viennent, sans savoir aligner 2 mots d’anglais (ne parlons même pas du français), alors qu’avec notre tête, il y a quand même peu de chance qu’on arrive à parler japonais. Bien qu’on essaye, hein, mais après le « on vient de France, on étudie le japonais à telle école », on a du mal à passer le cap. Plusieurs duos viennent donc nous accoster, mais le problème de la communication fait qu’ils ne restent pas très longtemps. Sauf un qui parle bien anglais.

Pour mon amie, voici venue l’heure de rentrer, mais moi, j’ai un peu dépassé mon couvre-feu de 3h. Je ne sais même pas à quelle heure le dortoir ouvre… Je décide donc de rester un peu avec mon nouvel ami japonais.

On passe devant des lieux sympa quand même

Et il y a des choses universelles dans le monde: la fringale nocturne en fait partie. On décide donc d’aller manger un bout, mais on se perd un peu. Si on ne peut même plus compter sur les locaux pour nous indiquer le chemin! 

Mais bon, on arrive à discuter jusqu’à l’aube, je peux donc rentrer et dormir jusqu’au lendemain. 

Du coup, si je devais résumer la vie nocturne à Fukuoka? Eh bien, c’est étonnamment sportif: en regardant mon téléphone le lendemain, il me dit que j’ai marché plus de 7km. D’un autre côté, je maîtrise maintenant parfaitement la zone entre Hakata et Tenjin, en passant par Canal City.

C’est aussi très sécurisant: je suis pas une grosse stressée de la nuit, je rentre en générale seule à pied à Marseille ou n’importe où, mais c’est vrai que là, c’est vraiment une ambiance bon enfant.

Et enfin, c’est très convivial: des serveuses, qui nous félicitent de notre parfaite maîtrise du menu et de la commande de verres, aux gens qui nous parlent sans pression, même quand je suis restée seule sans mon amie, je ne me suis pas ennuyée. 

Alors vous savez quoi? Sortez, marchez sans but, ça peu être très marrant.

 

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